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Tom
Zé
Jogos de Armar
BMG
world
Il
faut prendre Tom Zé au sérieux, même si sa musique peut faire
rire aux larmes. Faire danser les neurones est en effet le programme
sans cesse remis sur le métier par ce natif de Sao Paulo qui a
abandonné ses études classiques pour se lancer dans la musique
populaire il y a de ça plus de 30 ans. Le diable d'homme est resté
depuis la mauvaise conscience de la musique brésilienne, le poil à
gratter de Caetano Veloso, le seul artiste au monde qui osa afficher
un trou du cul grand ouvert sur une pochette de disque, «le parfait
croisement entre Villa Lobos et Spike Jones» comme le décrivit
avec a-propos un critique brésilien. Ce nouvel album, encore plus
touffu qu'à l'accoutumée, truffé de mille références à la
culture poétique et musicale de son pays (Zé se réapproprie ici
entre autres le style nordestin de Luis Gonzaga et les tambours
bahianais d'Olodum), pourrait bien être son chef-d'oeuvre - non définitif
bien sûr. Chaque chanson fonctionne comme un tableau cubiste, s'écoute
de différents angles, offrant à chaque fois de nouveau détails
supplémentaires au service d'une forme plus aboutie qu'il n'y paraît
à première écoute. Le plus fort est qu'au milieu de ce trafic
sonore, la mélodie est toujours là, au premier plan, faisant de ce
«Jogos de Armar» une formidable source de plaisir à chanter,
siffler, etc. D'une modernité implacable, truffé de samples, de
sons concrets et de grooves irrésistibles (que l'auteur a réuni
sur un deuxième CD «prêt à sampler»), ce nouvel opus devrait
logiquement imposer définitivement Tom Zé au-delà du cercle de
ses adorateurs transis (David Byrne, Arto Lindsay) jusqu'au large
public que sa musique mérite de toucher.
Pierre-Jean Crittin
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