Jogos de Armar – sortie mars 2002 (BMG)

Lorsqu’en 1989 David Byrne découvre l’existence de Tom Zé, ce dernier est sur le point de se reconvertir en mécanicien auto. Trente ans d’insolence musicale l’ont mené à ce constat : au Brésil, personne ne veut entendre sa musique.

 

Le salut viendra de l’extérieur : Byrne accueille le ludion tropicaliste sur son label Luaka Bop, et la nouvelle génération reprend certains de ses titres surPostmodern Platos. Sauvé du cambouis, Zé peut à nouveau déployer sa fantaisie.
A 66 ans, Tom Zé semble atteint d’une fièvre infantile qui anime les délires miniatures de Jogos de Armar (Jeux de construction), étrange meccano où des instruments d’avant-garde se boulonnent à des charpentes en bois de folklore. On y découvre tout un arsenal de jouets expérimentaux, qui peuplent de sonorités étonnantes des ritournelles descendues de son Sertão natal.
Structurées par les tambours de Marcos Suzano, attaquées par des guitares rock, charmées par les fifres de Carlos Malta et les escalades d’une chorale, ces chansons conservent un entrain villageois. Elles expriment le souci de faire passer un certain élitisme dans le ventre du populaire.
Ce désir d’initiation se concrétise avec le second CD, Modèle de collaboration, offrant des éléments sonores dont chacun fera usage selon son imagination. Comme si, au-delà de la facétie, il nous invitait à reconstruire non pas des musiques mais une réalité qui remplacerait celle des enfants prostitués et des taudis. La plus impardonnable folie de monsieur Tom Zé étant bien sûr d’être, mieux qu’un musicien, un utopiste, un vrai.